Swiss Design Awards

 

Swiss Design Awards, Exhibition, Les Ambrazurs, Switzerland, 2016

 

Swiss Design Awards, Interview

La styliste Zora Oberhänsli a grandi à Genève en Suisse. En 2015, elle obtient son Bachelor avec mention à la HEAD de Genève. Durant ses études, elle participe à un programme d’échange au London College of Fashion où on lui propose une approche plus commerciale de la mode. Cette expérience se poursuit par un stage chez Augustin Teboul à Berlin où elle améliore sa technique de la broderie et du crochet. Sa collection de diplôme reçoit des critiques prometteuses et est mentionnée sous la rubrique “emerging talents“ dans le VOGUE Italia ainsi que dans de nombreux magazines.

Elle termine aujourd’hui un stage chez Balmain à Paris où elle travaille comme assistante broderie et print. Elle présente pour les Swiss Design Awards 2016 sa collection “Les Ambrazurs“ qui sera également présentée au Centre d’Art Contemporain de Genève (CAC) en septembre prochain. Son travail combine des coupes géométriques et de nombreuses pièces en mailles et crée ainsi des silhouettes organiques. Elle puise son inspiration dans la vie quotidienne et l’artisanat. Elle nous raconte des histoires faites de fils.

De quelle manière la notion d’ utopie est elle présente dans ta pratique, approche et/ou stratégie artistique?

L’utopie, un pays imaginaire où tout le monde vivrait en harmonie, personne ne manquerait de rien ni n’utiliserait plus qu’il ne lui en faut. Voilà qui fait rêver…

Cette collection partage ma vision de l’utopie en une histoire où l’artisanat est remis au centre de notre culture et confronté à l’industrie. Broderie, tissage et crochet travaillés minutieusement se propagent dans jeans bruts et matières technologiques, évoluant de simples coutures jusqu’à prendre possession du vêtement entier. Avec Les Ambrazurs, la lenteur s’incruste dans l’industrie du vêtement afin de la freiner… est-ce possible ?

L’utopie se comprend parfois comme la construction mentale d’un système ou d’un modèle idéal de société civile. Comment perçois-tu le rôle de la pratique créative dans ce contexte? Ou, dit d’une autre manière, penses-tu que le design peut changer la société?

Les techniques artisanales utilisées dans Les Ambrazurs soulignent une envie de retour aux racines et à un rythme de vie plus humain. Comme un refus de l’individualisme de nos sociétés, ces techniques rappellent un communautarisme où les gens se regroupaient pour partager une activité. Si Les Ambrazurs est une fenêtre sur un temps passé où l’artisanat rythmait la société et signifiait partage, la collection agit aussi comme une réflexion sur comment réinscrire ces concepts dans un mode de vie moderne.

 Le design est un vecteur pour explorer et découvrir, exposer une autre vision du monde et pousser à la discussion. Le changement vient de l’utopie, et le design a la capacité à concrétiser l’utopie.

Où puises-tu ton inspiration? Ton travail et/ou ton état d’esprit sont-ils guidés par des références particulières?

Les histoires racontées par l’artisanat est un thème récurrent dans mon travail. Pour Les Ambrazures, le livre «Wilder Mann» de Charles Fréger a joué un rôle clef. Ses photographies racontent les rituels de fin d’hiver tout autour de l’Europe, mettant en scène hommes, femmes et enfants en costume d’occasion. Ces costumes, de part les techniques utilisées, leurs fonctions et ce qu’ils représentent, offrent une porte d’entrée au sein même de ces différentes cultures. Au delà de la fonction moderne de l’esthétisme, ils immergent le lecteur dans un autre monde définit par ses mythes, contes et légendes. C’est le processus d’enregistrer l’essence même d’une culture au travers de techniques artisanales et de savoir-faire spécifiques qui m’a séduite.

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